À Valencia, 3 841 professionnels de l’éducation ont ouvert un formulaire, choisi une option et donné à la prochaine mobilisation un calendrier très précis : une journée de grève par province, avec Valencia prévue le 20 janvier. Ce chiffre est assez net pour dessiner une préférence — 46 % des répondants ont choisi la séquence de janvier plutôt que celle de février — et assez petit pour empêcher tout triomphalisme.
La consultation portait sur une feuille de route portée par des syndicats, des assemblées enseignantes et d’autres collectifs, dans le prolongement de négociations restées en suspens après une grève illimitée. Parmi les personnes ayant répondu, 60 % approuvent entièrement l’ensemble proposé, 32 % en acceptent l’orientation tout en demandant des changements, et 7 % souhaitent une autre stratégie.
Le résultat le plus instructif n’est donc pas une date entourée en rouge sur un calendrier. C’est cette coexistence très valencienne entre l’envie de ne pas lâcher le dossier et la difficulté à transformer cette envie en présence régulière devant un bâtiment administratif, après les cours, les réunions et les trajets.
Un vote n’est pas une salle des professeurs
Moins de 5 % : ce pourcentage change la lecture du vote. Il ne retire rien aux 3 841 personnes qui se sont prononcées, ni à leur préférence majoritaire pour janvier. Mais il rappelle qu’un formulaire en ligne sélectionne presque toujours les personnes déjà informées, disponibles ou assez convaincues pour consacrer quelques minutes supplémentaires à un conflit collectif.
Dans une école, l’adhésion ne se compte pas seulement en clics. Elle se voit dans une salle des professeurs entre deux sonneries, dans le collègue qui remplace au pied levé, dans le parent à qui l’on explique une fermeture de classe, ou dans le personnel non enseignant qui doit lui aussi réorganiser sa journée. Une mobilisation est une mécanique de confiance : chacun veut savoir qui viendra, ce que cela changera et combien cela lui demandera.
Les consultations précédentes avaient suscité davantage de participation, selon les chiffres rapportés. Cette baisse peut signaler une démobilisation ; elle peut aussi tenir à la forme même du vote. Un outil qui suppose de trouver le lien, de s’inscrire et de revenir sur une plateforme ne saisit pas forcément la même chose qu’une assemblée où l’on peut écouter, douter, puis se ranger à une décision commune.
« movilización sostenida, coordinada y descentralizada »
Cette formule employée par les organisations résume bien l’ambition : ne pas concentrer toute la fatigue sur une seule journée spectaculaire, mais installer une présence. C’est aussi l’ambition la plus difficile à tenir dans des établissements où le temps libre est rarement une réserve abondante.
La grève par provinces, une géographie pratique
Le scénario préféré répartit les arrêts : Alicante le 19 janvier, Valencia le 20, Castellón le 21. L’autre option soumise au vote, du 2 au 4 février, obtient 40 %. Cette proximité des résultats dit moins une bataille de calendriers qu’une volonté de garder l’outil de la grève disponible, sans que la date ne fasse disparaître le reste du désaccord.
Une grève provinciale a une vertu concrète : elle donne à chaque territoire sa journée de visibilité, tout en évitant de demander le même effort simultanément à tous. Pour les familles, cela ne rend pas l’organisation anodine — garde des enfants, transport, repas, travail à réaménager — mais cela permet au moins d’anticiper une perturbation localisée plutôt qu’un brouillard général.
Pour les enseignants, le découpage rappelle surtout que l’école publique ne se limite pas à la façade de la Conselleria. Elle vit dans des collèges, des écoles et des services répartis dans toute la province ; ce sont ces lieux qui absorbent ensuite les conséquences d’une négociation bloquée. À Valencia, les décisions administratives finissent toujours par avoir l’heure d’une entrée en classe et le visage d’un groupe d’élèves.
- Préférence exprimée 46 % des répondants choisissent la séquence de janvier.
- Autre option 40 % privilégient les trois journées du 2 au 4 février.
- Soutien à la reprise 91 % se disent favorables à plusieurs jours de retour à la grève illimitée dans les mois à venir.
Le « vert » des concentrations quotidiennes
Le programme ne repose pas uniquement sur une grève. Il prévoit aussi un « Noviembre Verde » : une rotation de concentrations devant les sièges de la Conselleria, les directions territoriales et d’autres points jugés stratégiques, le matin et l’après-midi. L’idée est d’associer enseignants, élèves, familles et autres personnels éducatifs à une pression moins ponctuelle.
Or les réponses dessinent une limite très concrète. Six participants sur dix disent pouvoir se concentrer un seul jour par semaine ; environ un sur cinq en envisage deux ; 13 % trois jours ou davantage. Une heure et demie de présence peut sembler peu sur une affiche, mais elle suppose, dans la vraie vie, une sortie de cours, une garde à prévoir, parfois un déplacement et le renoncement à ce qui devait être fait ce soir-là.
Ce n’est pas un défaut de conviction. C’est la réalité matérielle d’un mouvement composé de gens dont le métier consiste déjà à être disponibles pour les autres. Les mobilisations qui durent sont rarement celles qui exigent l’héroïsme quotidien ; elles sont celles qui trouvent un rythme que beaucoup peuvent tenir sans s’épuiser au bout de deux semaines.
Ce que les écoles demandent à une ville
Les organisations veulent remettre la pression sur l’administration afin de rouvrir les négociations concernant les améliorations de conditions de travail mises sur la table pendant le précédent conflit. Derrière cette formulation se trouve une question que Valencia connaît dans bien d’autres services : à quel moment une plainte professionnelle devient-elle une affaire de quartier ?
Elle le devient quand les familles doivent modifier leur agenda, quand une direction cherche des solutions pour faire fonctionner l’établissement, et quand les élèves entendent les adultes parler de leurs conditions sans toujours savoir ce qui se négocie. Une grève n’est jamais une scène séparée de l’école : elle entre dans son emploi du temps, dans ses couloirs et dans les conversations à la sortie.
Il serait facile de ne voir dans les 3 841 votes qu’un chiffre faible ou, à l’inverse, que la preuve d’un mandat suffisant. Ils montrent plus utilement la distance entre soutenir une revendication et pouvoir se rendre disponible pour elle. Dans les mois à venir, la solidité du mouvement dépendra moins d’un calendrier que de sa capacité à réduire cette distance — et de la place que Valencia choisira d’accorder, au quotidien, à ceux qui font tenir ses classes.



